15Juin
Il y a de cela quelques années, dans une grande entreprise, un dirigeant excédé a lancé aux collègues RH, en pleine réunion de direction : « Votre département devrait s’appeler les ressources inhumaines ! »
 
Ce moment a semé une question qui n’a fait que grandir depuis. Et deux raisons la ramènent aujourd’hui à l’esprit.
 
D’abord, dans une période d’annonces de licenciements quasi hebdomadaires, le mot « ressources » ne porte-t-il pas, dès le départ, une certaine propension à une idée de « jetable » ? Ensuite, à l’ère de l’IA, une ère où un système sélectionne des candidats, rédige des communications, gère des agendas et conseille la direction, le mot « inhumain » n’est-il pas, finalement, parfaitement juste ?
 
Une tension silencieuse mais persistante hante les responsables RH depuis plus de soixante ans : les organisations gèrent-elles des Ressources Humaines, ou cultivent-elles des Relations Humaines ? Même acronyme, mais un angle bien différent. Ce débat, posé par Raymond Miles dans la Harvard Business Review en 1965, n’a jamais été pleinement tranché. Mais quelque chose de plus déstabilisant est désormais arrivé : un nouveau collègue aux multiples visages, qui n’a jamais été interviewé, intégré, ou évalué sur ses valeurs.
 
Marco Mancesti a passé deux décennies à l’intersection de la stratégie, du leadership et des dynamiques organisationnelles. Ce que cet article pose comme question, directement et sans ironie, c’est si les organisations n’ont pas besoin, au-delà d’un département RH réinventé, d’une fonction de gouvernance véritablement distincte, un département des Ressources Inhumaines. Non comme une boutade. Comme un impératif stratégique.